L’OSEO n’aurait pas besoin d’exister dans un monde idéal



Article du 08.03.2013 in Le Courrier

L’Œuvre suisse d’entraide ouvrière fête ses dix ans à Genève. Face à la crise, son rôle de réinsertion est plus que jamais d’actualité.

Il y a dix ans naissait la section genevoise de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO), créée soixante-cinq ans plus tôt au niveau national par les syndicats et le Parti socialiste. Une décennie plus tard, l’organisation est devenue l’une des principales actrices du canton en matière d’insertion socioculturelle, sociale et professionnelle. Partie avec 60 000 francs en 2003, l’OSEO-Genève dispose aujourd’hui d’un budget de 10 millions de francs – en grande partie grâce à des subventions fédérales, cantonales et communales – et emploie environ 65 collaboratrices. L’occasion de faire le point avec Christian Lopez Quirland, directeur de l’OSEO depuis sa création.

Quel regard portez-vous sur ces dix années d’existence?
Christian Lopez Quirland: En dix ans, la situation du marché du travail a beaucoup évolué, avec la crise économique mais aussi à travers la détérioration des lois cadre. Insérer les personnes fragilisées, non francophones, peu qualifiées ou les jeunes est toujours plus difficile. Le marché du travail exige davantage de qualifications et de flexibilité.
En même temps, l’envie de s’en sortir des personnes accueillies est intacte. Elles sont prêtes à tout pour y arriver et exigent en retour de la dignité et du respect. On est loin des clichés sur les chômeuses, paresseuses, ou qui préfèrent demander l’aide sociale que de trouver du travail.

Comment l’OSEO s’adapte-t-elle à ces évolutions?
En renforçant nos programmes de formation et de qualification de base, ou en collaborant de manière plus étroite avec les entreprises qui forment nos demandeuses d’emploi à travers des stages (bâtiment, hôtellerie, santé…). Nous devons aussi faire face à la complexité du chômage, qui s’articule avec des problèmes de logement, de places en crèche… Notre rôle reste lié à l’emploi mais nous accompagnons les personnes individuellement pour les aider à se créer un réseau, à s’adresser aux bonnes portes pour le reste.

Qu’en est-il des populations étrangères?
La situation est particulièrement discriminante, car les travailleuses peu qualifiées sont nombreuses parmi les migrantes. Il y a dix ans, il était plus facile de trouver un emploi peu qualifié à durée non déterminée. Aujourd’hui, la flexibilité, le travail à l’appel, ne favorisent pas l’intégration des étrangères.

Quels sont concrètement vos outils d’insertion?
Nos trois axes d’interventions sont l’insertion à proprement parler (stages en entreprise, coaching individuel), la formation (cours de français, de «savoir-être», d’informatique…) et le placement direct. L’OSEO a deux agences de placement qui marchent très bien. L’une est généraliste, la Bourse àl’emploi, et l’autre est spécialisée dans l’économie domestique, EcoDom’Service, qui offre un potentiel énorme.

L’OSEO a donc encore pour longtemps un rôle à jouer.
C’est le paradoxe: dans un monde idéal, nous n’aurions pas besoin d’exister. Aujourd’hui, nous devons au contraire nous renforcer. A Genève, sans une réelle politique publique, sans un pilotage institutionnel permettant d’asseoir tout le monde à la même table – Etat, entreprises, syndicats et organismes comme le nôtre –, on ne trouvera pas de solution au chômage. Le nombre de jeunes au chômage et à l’aide sociale est particulièrement inquiétant. C’est une bombe à retardement. Nous en faisons une priorité, mais cela devrait être le cas pour l’ensemble des services de l’Etat.

Propos recueillis par Mario Togni

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